La fille aux bas nylon

26 Sep

J’étais sorti avec un groupe d’ami.

Tel un prince tiré à quatre épingles, brillant, souriant et un peu chaud, je m’étais rapproché de cette jeune fille de 18 ans ma cadette. Passionnée, érudite, douée d’un humour sensible et à la fois très simple dans ses propos et ses actes, elle m’avait captivé en un clin d’oeil. Rapidement, l’irrésistible envie d’être proche l’un de l’autre est apparue et elle souhaita nous accompagner pour la deuxième partie de soirée, ailleurs que dans ce bowling un peu sordide dans lequel elle s’apprêtait à laisser ses deux copines.

Au volant, j’ai pris le chemin d’une brasserie sympa, bon chic bon genre, où nous pourrions terminer la soirée à papoter et boire quelques bières.

Arrêté au croisement de deux grandes artères de la ville, je vois alors arriver en face de moi une silhouette féminine marchant à côté de son vélo. Semblant claudiquer quelque peu, je la vois s’avancer sur la route sans tenir compte de la circulation.

Je regarde à gauche. Je regarde à droite. Rien. La fille continue d’avancer sur le carrefour. Subitement elle perd l’équilibre comme si une de ses jambes venait de lâcher sous elle. Son genoux frappe la route, la douleur s’affiche sur son visage en un rictus tétanisé.

Mon sang se glace. Mes yeux se fixent sur elle, grand ouverts.

Le feu passe au vert devant moi.

J’ai détaché ma ceinture, ouvert la portière et foncé sur le carrefour. La fille n’a pas levé les yeux sur moi lorsque je suis arrivé à sa hauteur. Elle grimaçait de douleur et un peu de sang coulait le long de sa jambe, formant une petite flaque sur le bitume granuleux tandis que des coups de klaxon commençaient à se faire entendre dans mon dos. Cherchant ses yeux des miens, je lui ai demandé ce qu’elle avait et comment je pouvais l’aider. Elle ne répondit pas, se mit à pleurer et s’allongea sur le sol.

En me retournant j’ai fais signe à un pote. J’aurais dû lui commander d’appeler le 911 mais je lui ai plutôt dit d’emmener tout le monde, que je les lâchais et que j’emmenais la fille aux urgences. Non pas besoin qu’ils restent avec moi…

La fille pleurait toujours mais ne semblait pas en grand danger malgré le traumatisme qu’elle venait de subir et dont je ne savais toujours rien. Je l’ai prise par les épaules pour l’installer dans la voiture puis je suis aller débarrasser la chaussée du vélo en tâchant de le faire entrer dans mon coffre. Il dépassait largement mais… on s’en fout.

De retour auprès de la fille, j’ai vu ses jambes découvertes jusqu’aux chevilles, que ses bas effilochés ne recouvraient plus, déchirés. Une question conne a surgit dans mon esprit : où étaient ses chaussures ? Elle gémissait toujours. Je me suis assis près d’elle à l’arrière et j’ai commencé à chercher la source de ce sang qui lui coulait sur les jambes. Comme elle ne répondait pas à mes multiples questions, j’ai relevé ses bas un peu plus, mais c’est finalement sur sa cheville gauche que j’aperçu la plaie. Pas énorme mais suffisante pour y voir l’os et quelques tendons.

Indiquant à la fille qu’il était temps de rejoindre l’hopital, je suis repassé à l’avant du véhicule et j’ai foncé. Peu après, elle était prise en charge par une infirmière de garde. Plus tard, lorsque j’ai rempli un questionnaire circonstancié donné pour la police, je n’ai omis aucun détail sur les évènements dont je venais d’être témoins.

Sauf un.

Un petit morceau de bas nylon s’était collé sur la manche de ma chemise.

Je n’ai pas eu de nouvelles de cette fille depuis.

Ni de l’autre.

-Cc

3 Réponses to “La fille aux bas nylon”

  1. valauxa 27 septembre 2012 à 5 h 48 min #

    Ton histoire est super bien écrite, bravo en tout cas pour ton altruisme, beaucoup serait passé sans s’arrêter. C’est con mais maintenant, j’aimerai bien savoir voir comprendre ce qui a mis cette fille/femme dans cet état ! A-t-elle le moyen de te contacter pour ne serait-ce que te remercier ?

    Tu vais donc parti de cette famille des gentils ! Pas facile d’être bon !

  2. Ccelyo 27 septembre 2012 à 11 h 25 min #

    Gentil moi ? Non ! Je suis méchant. Et puis pas le choix de m’occuper de cette fille, sinon j’aurais dû lui rouler dessus : elle était en plein milieu du carrefour.
    Sinon non, je n’aurai aucune nouvelle d’elle, tu penses que j’ai pas eu la présence d’esprit de lui refiler ma carte ^^
    Ce qui me fait penser que j’en ai une autre à raconter, survenue hier soir en rentrant du boulot…

  3. valauxa 28 septembre 2012 à 3 h 35 min #

    Les vrais gentils se pensent méchants🙂 Les fous sont les derniers à savoir qu’il le sont🙂

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