Le gars aux larmes de glaise

27 Sep

En sortant du boulot hier soir, j’ai pris comme chaque jour le chemin du métro. 1h30 de trajet pour m’affaler sur mon canapé, y’a pas de temps à perdre. Alors je visse mes écouteurs dans mes oreilles, je monte le son du iPod, je baisse la tête et je fonce sur le trottoir.

Oué, j’ai l’air d’un coureur le soir : la langue pendante et le regard torve, tout ça.

À l’entrée de la station de métro je plaque mon épaule sur la porte tournante et je me force un passage en tâchant d’être plus fort que l’appel d’air qui se produit généralement ici. Y’a même des fois où je râte… Cette fois ça passe mais mon regard est attiré par une silhouette juste à côté de la porte : un jeune mec, assis par terre, les jambes repliées devant lui, les bras autour des genoux, une capuche grise sur la tête.

Le mec n’était pas là en train de mendier comme le font chaque jour les pauvres types qui traînent dans le quartier. Pas de sac, pas de canette découpée, pas de casquette posée sur le sol devant lui. Rien. À part ce visage qui exprime une détresse profonde.

L’homme pleurait.

Il n’avait pas de chaudes larmes coulant sur ses joues, plutôt sèches au contraire. Pas de soubresauts d’émotions non plus, tel un enfant choqué ou grondé. Non, rien qu’un visage crispé autour d’une bouche sans lèvres.

Silence.

Le temps que je réalise que le type exprimait la détresse par tous les pores de sa peau j’avais passé le tourniquet du métro en suivant le flot continu de la foule. Est-ce que j’allais faire demi-tour et voir ce qu’il avait, jouer les Mère Térèsa auprès d’un parfait inconnu une deuxième fois cette semaine ?

Oui ? Non ?

Poser la question était déjà y répondre, j’avais atteint la rame et le métro arrivait.

J’ai baissé la tête, encore, et j’ai pénétré dans le wagon avec un sentiment de culpabilité qui m’a empêché de dormir la nuit dernière.

Bon par contre j’ai eu un peu de temps pour jouer à Guild Wars 2…

-Cc

(Et je sais pas pourquoi j’ai parlé de glaise, c’était juste un feeling comme ça)

5 Réponses to “Le gars aux larmes de glaise”

  1. Mano 27 septembre 2012 à 18 h 23 min #

    Tu aurais pu nous faire la fille aux bas de glaise et le gars aux larmes de nylon aussi^^

    Bon, et à part prendre sur toi toute la misère du monde, il t’arrive quoi demain?

    J’ai hâte de connaitre la suite!

  2. valauxa 28 septembre 2012 à 3 h 38 min #

    Fucking guilty consience ! C’est horrible mais on ne peut pas porter la misère du monde sur ses épaules ou alors tu en perds la raison. Enfin c’est mon avis. Mais avoir mauvaise conscience, se sentir coupable c’est assez saint comme réaction🙂

  3. Ccelyo 28 septembre 2012 à 6 h 00 min #

    @ Mano : ce n’est pas tant le fait que des évènements se produisent mais plutôt qu’on décide d’y porter attention, ou non. Je veux dire, on habite tous la même planète, un peu de solidarité dans ce monde de brutes ne fait pas de mal, non ? Mais sinon, désolé, il ne s’est rien passé de plus hier sur mon chemin ^^

    @ valauxa : non, c’est clair. Le pire c’est si tu prends ça personnel. Être capable de rester détaché face à la détresse d’autrui… pas évident. Pour moi c’est aussi un « exercice ».

  4. Mano 28 septembre 2012 à 7 h 16 min #

    On se sent mal à l’aise surtout face à la misère de proximité, qui est une goutte d’eau dans l’océan de la misère du monde ; alors pourquoi faire moins attention à celle-ci plutôt qu’à celle-là? (sujet du bac philo de l’année je sais plus trop)

  5. Ccelyo 28 septembre 2012 à 12 h 01 min #

    On s’imagine toujours oeuvrer pour de « grandes choses », mais c’est effectivement surtout sur les petites (choses) que l’on peut intervenir. Les grands médias, la popularité et les millions, ce n’est que de l’esbrouffe. Je dis pas, c’est utile pour porter des messages au plus grand nombre, parfois. Mais…

    …mais sinon, Mano, tu as mis le doigt pile où ça fait mal, et c’était aussi un peu ça l’idée, en exprimant le fait que je n’ai pas fait demi-tour pour le type. Difficile à interpréter. Mettons quelques caractéristiques en opposition afin d’illustrer le « choix » fait.

    D’un côté on a :
    – Une femme.
    – Une blessure, du sang.
    – Une détresse physique immédiate (elle se traînait)
    – Un lieu dangereux (le carrefour)
    – La nuit.

    De l’autre :
    – Un homme.
    – Il exprime une détresse psychologique.
    – Un lieu commun de misère humaine (mendiants ici habituellement).
    – Pas de danger immédiat, pas de signe de danger.
    – Le jour.

    Ajoutons à ces éléments externes ceux-ci, internes :
    – dans l’un des cas j’étais attentif, au volant d’une voiture, mon regard portait en avant.
    – dans l’autre cas, j’avais cru bon d’insister, j’étais dans l’ambiance urbaine habituelle, genre métro-boulot-dodo, oû on ignore ce qui nous entoure, on ne regarde personne, on regarde ses pieds, son téléphone, tout en marchant. J’étais dans « ma bulle » comme ds milliers d’autres citadins pendants les heures du jour.

    Bref.

    Lever la tête. Regarder autour de soi. Reconnaitre l’existence de « l’autre ».

    Crever la bulle…

    -Cc

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