Désobéir, une question de survie.

7 Déc

Il n’y a pas beaucoup de choses qui me choquent, vraiment. Il y a pourtant une chose qui me choque au plus au point et cela s’appelle la servitude. Je sais, je sais, la pire chose au monde c’est l’Injustice avec un « I » majuscule, tout le monde y croit et c’est légitime. Mais non, pas pour moi, car la justice et son manque sont en réalité selon moi des effets de la servitude.

Toi, lectrice, lecteur, moi, nous sommes tous serviles.

Oui je sais, toi là dans le fond t’es un-e rebelle. Mais non, t’es aussi servile que nous autres. Tu veux une preuve ? y’en aurait des tonnes à donner mais je vais t’en réserver une seule, toute pourrie, la voici :

Traverse en pleine ville en-dehors des passages pour piétons un matin à 5h30 alors qu’il n’y a pas un chat dans les rues.

Ça a l’air con comme ça et tu ne vois pas le rapport, n’est-ce pas ?

Très bien. T’es chanceux.

Si tu as le bonheur d’habiter Montréal comme moi, ou probablement dans n’importe quelle grande ville d’Amérique du nord (et ne te sens pas épargné-e, on sait que les villes européennes suivent avec quelques années de retard), si tu as le malheur de traverser la rue à un carrefour alors que le feu est au rouge dans ton sens, tu es passible d’une amende et, crois-moi, la police ne va pas t’épargner. Même si tu traverses sur les passages piétons. Même s’il est 5h30 du matin. Même si y’a pas une voiture à trois kilomètres à la ronde.

C’est un règlement municipal, et comme tout règlement celui-ci fait comme les autres force de loi.

Il y a des moment où il faudrait désobéir à la loi.

Par exemple dans ce cas-ci, faut pas être con, attendre bêtement pendant 3 minutes qu’un feu passe au vert alors qu’aucune circonstance dans le monde réel ne le nécessite est plus un signe d’abrutissement métaphysique que de franche intelligence. J’imagine très bien un homme de cromagnon attendre au bord d’une rivière au cas où un troupeau de rhinocéros passerait, parce qu’il sait que ca serait dangereux pour lui, alors qu’une lionne affamée serait derrière lui en train de le renifler de loin : pas sûr que son intelligence lui permettre de survivre bien longtemps…

Ou alors, lorsqu’une municipalité décide qu’un attroupement de 10 personnes sur la voie publique constitue une manifestation sujette à une réglementation très stricte (délais, parcours, etc.). Attention aux sorties de 5 à 7 avec les collègues de travail…

Ou encore lorsqu’un étudiant, porte-parole d’un syndicat étudiant, exprime les arguments énoncés au cours d’une assemblée générale pour ne pas céder à une pression autoritaire du gouvernement municipal et se retrouve plus tard tenu personnellement responsable pour ces propos et encours une peine de prison ou une lourde amende.

Il y a des moments où les lois ne reflètent plus la réalité des citoyens, où les lois deviennent des moyens de pression des puissant afin d’asservir les peuples et où les lois se mettent à dépasser leur fonction de cohésion sociale pour ne plus devenir que des outils de coercition aux mains des puissants. Ce jour-là, ces lois ne devraient plus être obéies.

Ni au Canada.

Ni en Égypte, en Syrie ou Israël.

Ni en France, en Belgique ou en Suisse.

Nulle part.

Survivre c’est se battre contre un environnement hostile. Il semblerait qu’on soit bien trop servile de nos jour pour s’en souvenir.

-Cc

 

3 Réponses to “Désobéir, une question de survie.”

  1. valauxa 10 décembre 2012 à 5 h 11 min #

    Il y a pire ! Au japon, tu traverse au rouge,alors que tout le monde attend le petit bonhomme vert, les gens sont tellement disciplinés qu’ils t’emboitent tous le pas !? Bref, là on ne parle plus de serf mais de moutons.

    Enfin je te rassure à Paris, on ne verbalise même pas les vélos qui grillent les feux rouges, les scooter qui inventent une troisième voies et les gens qui traversent n’importe où🙂 C’est la jungle !

  2. Ccelyo 10 décembre 2012 à 7 h 08 min #

    Va comprendre. Charles !

  3. Umbrella 12 décembre 2012 à 8 h 24 min #

    Ça me rappelle une fois, aux US, où la foule s’engorgeait par une porte décidément trop réduite pour encaisser tant de monde.
    Je me suis avancé à la porte d’à côté, je l’ai ouverte en grand et je suis passé.
    Derrière moi les autres on suivit mais pas un seul n’avait eu l’initiative de tenter l’extra-ordinaire aventure de tenter d’ouvrir la porte qui était à 2m.

    Là je me suis dit « Les bœufs, c’est pas une exception culturelle française ».

    En Corée, par contre, deux potes à moi ce sont retrouvés au poste de police parce qu’ils avaient traversé une rue déserte à 01:00 du matin hors passage piéton. Ils étaient étudiants, un voyage de classe, et ils prenaient l’avion le lendemain matin. Intervention de l’ambassade, les profs ont eu un coup de chaud, surtout qu’ils n’étaient pas censé sortir la nuit.
    Les policiers n’arrêtaient pas de leur montrer le papier qu’ils avaient signé en entrant sur le territoire où ils s’étaient engagés à respecter les lois en vigueur du pays, sans comprendre comment ils avaient pu oser enfreindre la loi alors qu’ils s’étaient engagés à la respecter. Ils avaient si-gné ! Ça dépassait l’entendement pour eux.

    Comme quoi, être civilisé, c’est assez relatif. Est-ce respecter des règles ? Est-ce acheter un éthylotest ? Est-ce avoir un smartphone ou laisser passer le type qui attend au stop même s’il n’a pas la priorité ?

    Crocodile Dundee.

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